Bannière "Activer la résilience", du stress post traumatique à la croissance post traumatique

Croissance post-traumatique : Activer la résilience

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et auteur, dans ses ouvrages et travaux de recherche sur les TSPT (trouble de stress post-traumatique), nous éclaire sur les 3 freins à la croissance post-traumatique. Cet article a pour objectif de présenter ces 3 freins et d’offrir les 9 pistes pour aller au-delà telles qu’exposées par le docteure en neuroscience Cyrinne Ben Mamou (également conférencière et thérapeute) dans ses vidéos sur la résilience (chaine Youtube Cyrinne Ben Mamou). En tant que psychopraticienne en maïeusthésie, j’ajourerai mon regard singulier sur la remédiation des blessures émotionnelles et traumatismes.

1 - Quitter la honte

Le premier frein à la croissance post-traumatique est le sentiment de honte. Souvent inconsciente, ou discrète, la honte est un sentiment difficile à contacter. Il est pourtant essentiel de réussir à l’identifier chez soi. Pour cela, il y a à comprendre ce qu’est la honte, et distinguer la honte saine de la honte toxique. Nous allons explorer dans un premier temps le champ des valeurs, qui est en lien direct avec ce sentiment.

Les valeurs

Les valeurs sont les gardiennes de notre éthique personnelle et collective. Elles sont nos références internes et nos règles pour l’action. Nos valeurs guident nos comportements, car l’humain aspire naturellement à les mettre en application. Qu’elles soient conscientisées ou pas, nos valeurs influencent nos actions. C’est pourquoi connaitre son système de valeurs est une clé de compréhension de soi, de ses actes et de ses motivations. Les valeurs, bien qu’universelles, sont hiérarchisées de façon singulière en nous. Ce qui compte le plus à nos yeux relève de notre subjectivité et nos préférences. C’est pourquoi, nous pouvons identifier toutes les valeurs universelles en nous, mais ces valeurs nous les pondérons par ordre de préférence.  

La honte saine

La honte saine est utile et nécessaire, car elle est la gardienne de notre éthique personnelle et collective. La honte se réveille en nous lorsque nous sommes en train d’enfreindre nos propres règles intérieures : nos valeurs. Toute émotion est un indicateur pour se mettre en mouvement. La honte est alors une invitation au réajustement, pour se réaligner avec ses valeurs. L’écouter, c’est honorer ce qui compte à nos yeux et à notre coeur. Pourvoir agir selon ses repères intérieures est une clé d’autonomie, indispensable à notre équilibre psychologique et à notre bonheur.

La honte toxique

La honte toxique n’est pas celle qui nous permet de déployer nos valeurs. La honte toxique est un sentiment qui maintient dans un enfermement. Cyrinne Ben Mamou énonce que la honte toxique est à l’œuvre “quand elle enferme dans le poids d’une histoire qu’elle ne sait pas dire” (vidéo Youtube “Activer la résilience – 1. Quitter la honte”). La honte toxique est un sentiment qui délabre l’estime de soi, renforçant ainsi l’isolement. La difficulté est que la honte toxique est souvent inconsciente, d’où l’importance de l’identifier chez soi.

PISTE 1 : Discerner honte saine/honte toxique

Pour mesurer la pertinence de la honte, le docteure Cyrinne Ben Mamou  nous invite à nous poser la question : “Si je l’écoute, si je reste avec ce ressenti, où est-ce que ça m’amène ?”

  1. Est-ce qu’elle m’invite à exprimer le meilleur de moi-même ? (exemple : la honte de la médiocrité me pousse à devenir meilleure, elle est source de motivation pour apprendre et m’améliorer). Quelles sont les valeurs qu’elle révèle alors ? (exemple : maitrise, réflexion, rigueur, structure, finesse…)
  2. Est-ce qu’elle me maintient dans l’enfermement avec une mauvaise estime de moi-même ? (exemple : la honte me maintient dans l’inertie, dans la destruction ou l’auto destruction)

PISTE 2 : Clarifier ce qu’elle pointe

Si la honte saine pointe nos valeurs, la honte toxique pointe des tabous (des circonstances où nos valeurs ont été bafouées). La honte peut être ce que l’on a vécu (dont on a été victime), ou ce dont on est auteur (nos actes). Le réflexe de se taire est généralement pour se protéger soi, ou pour protéger les autres : par peur du jugement, ou de ne pas être compris, ou d’être humilié davantage. La clé pour sortir du tabou est le discernement : “Quand le dire ?” Et “A qui le dire ?” Il est effectivement important de choisir un contexte où l’on peut être vu et entendu dans le respect et la sécurité, sans jugement. Car certaines craintes sont bien fondées : toute personne n’est pas capable d’entendre sans rire, capable d’entendre sans poser de questions obscènes, capable de comprendre ou capable de ne pas juger. Il est absolument fondamental de trouver des interlocuteurs bienveillants, sécurisants, prêt à être la pour nous. Cela peut être le cadre de la thérapie, mais même dans ce cadre, sentir “quand” et “avec qui”, et oser quand cela semble juste est fondamental. Choisir “quand” et “avec qui” déploie le discernement intérieur. Le discernement, c’est faire appel à son espace psychologique intérieur et cela fait partie du chemin de résilience. Le chemin de résilience : c’est prendre conscience de ce qui nous manque pour “aller vers” la complétude. C’est aller de la survie vers la vie. A mes yeux personne ne devrait avoir à affronter seul les défis et les traumatismes.

PISTE 3 : Choisir le canal d’expression

Si les mots sont difficiles, l’encouragement est alors de faire appel à d’autres canaux. Par exemple à l’art : le dessin, la peinture, la musique, la danse, le roman autobiographique, l’écriture… Ou en investissant des relations : peut être d’humain à humain, mais aussi des moments de connexion avec les animaux ou connexion avec la nature. Les animaux nous nous regardent pas avec les mêmes conditionnements qu’un être humain. La nature ne porte pas de jugement : elle accueille tout. Certaines thérapies ne font pas appel aux mots : kinésiologie, art-thérapie… L’idée étant de choisir un canal qui nous appelle, sans se faire violence.

2 - Créer du sens

Les traumatismes sont en général accompagnés d’une perte de sens. Les événements traumatiques sont souvent : soit absurdes, soit accidentels, soit le fruit de l’ignorance, soit le fruit de la détresse/souffrance de l’auteur des actes (les personnes violentes, envers les autres ou envers elles-mêmes, en général sont des personnes qui n’ont pas trouvé d’autres manière de canaliser leur douleur qu’en la perpétuant à l’extérieur). Mais comment créer du sens quand on a vécu l’intolérable, l’insupportable, voir l’innommable ? 

Le sens d’un vécu se découvre, il doit être subjectif, il se construit rétrospectivement, au fur et à mesure : c’est notre interprétation. Nous pouvons nous faire aider pour le révéler, mais ce sens doit venir de l’intérieur. Créer du sens, c’est réveiller un sens des possibles. C’est établir des ponts entre les épreuves et un avenir plus solide, plus riche : c’est trouver une raison d’être. Cette raison d’être, elle éclaire au présent et elle colore des perspectives. Le sens c’est une direction : c’est imaginer des possibilités.

Nous pouvons nous accorder sur le fait que personne n’avait envie de grandir de cette façon. Mais quand un traumatisme survient, il peut nous permettre de grandir. Trouver du sens, ce n’est pas s’auto flageller non plus, car personne ne mérite la souffrance. Voici 3 manière de créer du sens.

PISTE 4 : Voir la réalité

C’est la partie la plus difficile. Voir la réalité, c’est voir la notre et celle du monde. La notre avant tout : c’est reconnaitre notre douleur et notre prise au dépourvu. Dans un traumatisme, il y a une fracture entre ce qu’on s’imaginait et la nouvelle réalité : il y a une perte d’innocence. Cette perte d’innocence est douloureuse. Reconnaitre sa douleur c’est reconnaitre la façon dont nous avons vécu l’expérience, et reconnaitre que certains événements sont possibles. Voir la réalité, c’est réussir à voir le monde tel qu’il est.

Cela passe par une reconfiguration de sa représentation, pour y inclure des aspects sombres (accidents, souffrances, négligences) tout en étant capable de se connecter aussi à sa beauté (solidarité, amour, bienveillance). C’est dire oui à la vie totalement, et pas qu’à moitié. Lorsque l’on a le focus sur le négatif uniquement, ou que sur le positif, nous ratons des dimensions. L’idée est d’embrasser une totalité, d’avoir une vision plus terre à terre de ce qui est. A partir de cette nouvelle représentation, pour créer du sens, il y a à se mettre en marche pour faire fleurir ce qui nous inspire et déployer en nous un sentiment d’appartenance.

Si l’on est auteur d’actes qui nous font honte, nous pouvons décider de faire quelque chose pour soulager notre conscience. Si l’on a été victime, nous pouvons retrouver nos valeurs, notre humanité, être accompagné pour se relier à qui l’on est (non réductible à l’événement). Si un événement est estimable, potentiellement condamnable, l’être que l’on est reste inestimable.

Pour sortir de l’amalgame “vécu/conclusions sur soi” et ne plus se réduire à ses traumas, la maïeusthésie est performante : elle offre un regard qui permet de distinguer naturellement les sujets des événements. Elle permet de se voir, de se rencontrer, de se relier à l’inestimable, en ne laissant plus l’événement l’emporter sur qui on a été. Elle permet de prendre la dimension d’un vécu, sans enfermer dedans. Elle fait sortir des statuts victime/bourreau, pour trouver un nouveau souffle de vie, plus constructif.

Avoir été victime ne devrait pas nous réduire au statut de victime à vie. Lorsque l’on reste dans le paradigme de la victime, c’est qu’il y a du tord qui a été fait qui reste encore à reconnaitre. De la même façon, s’attacher au paradigme du bourreau ne fonctionne pas : tant que nous avons besoin de dénigrer autrui pour trouver notre propre apaisement, cela nous fait rebasculer dans le paradigme de la victime, et cela indique encore du tord qui est à reconnaitre.

L’apaisement se trouve dans la reconnaissance de ce qu’il en a été pour soi. La reconnaissance est une histoire de soi à soi : ce n’est pas blâmer, accuser, pardonner les actes (involontaires ou inconscients). C’est une reconnexion à soi, à ce qu’il y a de plus humain en nous, retrouver cet inestimable, s’offrir une place d’honneur, non réductible aux événements. C’est exister en tant que sujet : car pour accomplir des actions signifiantes, il faut exister en tant que sujet au préalable pour en être la source.

PISTE 5 : Se connaitre

En rétrospective de ses traumas, nous pouvons nous demander : “Qu’est-ce qui m’a manqué pour faire face ?” ou “Qu’est-ce qui n’était pas prêt en moi ?”. Cela va pointer ce que nous avons besoin d’apprendre et de développer en nous  : les parts en attente d’attention ou d’expansion. Par exemple, la CNV (communication non violente) est un excellent outil pour avoir une communication claire et articulée de ses besoins, de son intimité et de ses attentes. Elle apprend à s’exprimer dans le respect d’autrui. Autre exemple : suivre un cours d’auto-défense permet de devenir plus confiant, et plus fort. L’inscription à un cours d’auto-défense présente d’ailleurs le meilleur taux de guérison en cas d’agression.

PISTE 6 : Réaliser ses rêves

Tout individu est capable de s’engager à son échelle et d’enrichir le monde par sa présence. Pour se reconnecter à ses rêves, nous pouvons nous rappeler : “Quand est-ce que j’ai accompli quelque chose qui avait du sens pour moi ? Qui suivait mes valeurs ?”. Accomplir le rêve, c’est faire des choix en adéquation avec ses valeurs et c’est contribuer à faire fleurir ce qui nous inspire pour le vivant.

Se reconnecter à ses valeurs peut aussi se faire par la question : “Qui m’inspire ? Quand suis-je inspiré ?” Les gens qui nous inspirent pointent en nous nos valeurs. Ils sont un excellent moyen de lire en soi. Définir le rêve permet d’introduire du sens et une raison d’être. Cela participe également à l’amour de soi, car pour s’aimer, nous avons besoin de voir que notre présence suscite du bonheur à autrui. Nous entrons alors dans une boucle vertueuse où ce qui nous rend heureux, nourrit l’autre, nous élevant ainsi mutuellement.

3 - Sortir de l'isolement

L’isolement est un état intérieur. Il n’est pas le fait d’être seul : c’est le fait de se sentir seul et d’en souffrir. Nous pouvons être seul sans se sentir coupés du monde, et nous pouvons être entourés en nous sentant effroyablement seul à l’intérieur. L’isolement est un état intérieur.

Les origines de l’isolement sont soit :

  • la honte : d’où la nécessité de l’investiguer en premier. Dans la honte il y a des parts de soi qui ne sont pas vues, pas entendues, pas aimées. L’énergie de vie y est alors en dormance, car la vie a besoin de chaleur et de contact pour se déployer. En restant avec la honte, c’est toute une partie de notre énergie vitale qui n’est plus à notre disposition (parce que nous ressassons ou nous mettons de l’énergie à mettre de coté ce qui nous trouble pour penser à autre chose).
  • les blessures relationnelles : ce sont les traumatismes en présence d’autres individus. Les blessures peuvent être de la violence reçue (physique ou verbale), ou de la négligence (absence de violence, mais manque d’amour, de considération, de partage, de réciprocité, etc.). En cas d’absence de sentiment d’appartenance avec ses proches, nous pouvons nous questionner sur l’inadéquation des valeurs. Le fait de pas trouver écho auprès de ses proches peut générer un repli sur soi.
  • certains événements traumatiques pour le corps : chirurgies, hospitalisations, une chute…Le corps a gardé en mémoire un stress physiologique non entendu.

PISTE 7 : Déployer ses ressources

En devenant conscient de ses possibilités, nous nous sécurisons intérieurement, nous devenons plus solides et plus confiants. Lorsque nous déployons nos ressources, nous déployons en même temps notre capacité à nous ouvrir, car nous bâtissons une confiance dans nos capacités de défenses saines. Pour prendre conscience de ses possibilités, j’invite à la lecture des 8 formes d’intelligence de Howard Gardner. Elles sont une grille de lecture, où nous pouvons nous laisser surprendre par des dimensions auxquelles nous n’aurions pas pensé. Cette grille de lecture est à envisager en tant que source d’inspiration (l’humain n’est pas réductible à aucune grille, test ou évaluation). 

Pour déployer nos ressources, nous pouvons nous investir dans des activités dans lesquelles nous nous sentons à l’aise, qui nous plaisent et nous nourrissent. Mais nous pouvons aussi l’envisager à l’envers et faire des activités où l’on aimerait voir émerger de nouvelles capacités en nous, tant que cela est dans le respect de soi. Par exemple, nous pouvons ne pas avoir une affinité avec les cours d’auto défense, mais éprouver du plaisir à retrouver ses appuis, déployer de la vigueur et faire face à l’adversité. L’idée étant de songer aux qualités que nous voulons voir émerger.

PISTE 8 : Guérir

Pour retrouver ses appuis intérieurs, il y a à apporter du soin aux zones vulnérables et guérir : rétablir l’assise intérieure là où elle s’est effondrée. Les thérapies systémiques offrent un contexte sécurisant pour guérir des blessures relationnelles (amour de soi, ouverture à l’autre). Les approches psycho-corporelles permettent de guérir des traumatismes physiologiques (réactions corporelles).

La maïeusthésie est une thérapie qui gère ces deux pôles en même temps. En maïeusthésie, nous prenons en considération le corps et la psyché (le psychologique et le psychosomatique). Le corps est considéré comme un interlocuteur à part entière, que l’on peut écouter en tant que médiateur direct. La maïeusthésie est une psychothérapie qui inclue : le mental, l’émotionnel, le sensoriel et l’existentiel. Sans diagnostic, ni étiquette, son rôle est de rétablir les états communicants perdus de soi à soi, d’identifier les blocages pour faire en sorte que la vie puisse à nouveau circuler. En toute conscience, elle contribue à retrouver une harmonie au coeur de son Etre.

PISTE 9 : Investir le champ relationnel

Pour sortir de l’isolement avec un sentiment de sécurité, nous pouvons nous tourner vers des individus bienveillants, qui incarnent les valeurs qui nous plaisent. Se tourner vers des personnes avec lesquelles nous pouvons partager des points communs, des rêves, sans devoir les défendre et en pouvant les célébrer ensemble, est nourrissant. Chercher ces êtres permet d’activer le chemin de la résilience : cela donne une perspective de rencontre plus réjouissante. Se tourner vers ces Etres et les laisser entrer dans nos vies, c’est dire oui à la coopération, au partage et à la cocréation. C’est se rapprocher, ensemble et non plus seul, du monde que l’on souhaite voir émerger.

Ressources complémentaires : 

thérapeute certifiée

rachel pedraza

Psychopraticienne en thérapie brève (maïeusthésie), j’accompagne à Toulouse et en ligne. Émotions, anxiété, stress, dépendances, troubles du comportements et dépression sont des symptômes que nous abordons pour clarifier ce qui appelle à la conscience et demande du soin.

Pour voir mon travail sur les réseaux sociaux :

A lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *