Addiction et dépendance affective

Dépendance affective et désamour de Soi

1. Une dépendance affective et addictions hors du champ de notre volonté

Quand s’observe répéter des gestes de consommation ou des comportements, qui soulagent sur le moment, mais qui nous font nous sentir très mal derrière, on peut passer par beaucoup de colorations : désir très fort, c’est comme si on répondait à quelque chose plus fort que nous, hors du champ de notre volonté. Ce qu’on veut accapare toute notre attention, jusqu’à ce qu’on l’obtienne. Ce qu’on veut ça peut être une substance à consommer, ou une activité ou une relation dans laquelle on va s’investir totalement, en s’oubliant. A des degrés moindre on parle de compensations, et à des degrés et fréquences beaucoup plus fortes on parle de dépendance et d’addiction.

Les compensations, et les addictions (qui sont des compensations très fortes, et impactent la santé), on s’y jette, on s’y investit. Puis si on a suffisamment de conscience de soi-même (une sensibilité à ce qu’il se passe en soi), on sent une redescente, “le réveil”, on se regarde, on se voit, et là on peut ressentir beaucoup de choses à notre propre égard : du désamour, de la colère, de la tristesse, du dégout, plein de sentiments parfois mélangés. Et malgré le fait qu’on sait que ça ne nous fait plus de mal que de bien, on peut répéter, c’est comme plus fort que nous. Qu’est-ce qu’il se passe à cet endroit ?

2. Dépendances et sentiment de vide intérieur

Nous sommes tous concernés par le besoin de complétude, et donc par le besoins de compenser là où il y a du manque, mais à des degrés différents. Nous avons tous déjà ressenti la culpabilité de consommer quelque chose de manière impulsive que l’on a regretté tout de suite derrière, à des degrés et fréquences différentes. Nous avons tous ressenti la désillusion de s’investir dans quelque chose qui ne nous as finalement pas combler autant ou là où on pensait qu’on allait l’être, encore une fois à des degrés ou fréquences différentes. On parle de compensations à des degrés et fréquences faibles (ça survient de manière ponctuelles), on parle de dépendances et d’addictions à des degrés beaucoup plus forts (où on a une pulsion, répétée, hors du champ de notre volonté, et qui a des conséquences néfastes sur notre santé). On pourrait se poser la question : où est la pertinence de la vie en nous, à se jeter vers ou dans quelque chose, qui au final nous fait plus de mal que de bien ? Voyons ensemble le paradoxe de la compensation.

3. Le paradoxe des compensations

Pour comprendre le paradoxe des compensations et addictions (attirance malgré les conséquences néfastes), il y a à comprendre que compenser n’est pas combler. Quand on ressent des manques, quand on ressent une insécurité intérieure, quand on ressent du vide, bref, qu’en soi ce n’est pas serein et qu’il y a pas d’appui, c’est qu’il y a des parts de soi, en nous, qui nous manquent, dont on ne ressent pas la présence en tant que fondement stable. Le ressenti du manque, ce n’est pas que ces aspects de nous sont inexistants, ces parts de nous-même sont là, mais elles ne sont pas disponibles, soit parce qu’elle ont été mises à l’écart, soit parce qu’elles n’ont pas été déployées. Et comme la vie en nous, elle aspire à la complétude, elle va nous rappeler ces parts de nous, dont nous avons besoin.

L’ennui, c’est que compenser, par des actions extérieures, ne va pas restaurer cette assise intérieure. D’où des boucles de répétition, un vide qui se fait plus grand parce qu’on continue à se fuir, et des compensations qui doivent être plus fortes pour pallier à cette souffrance du vide éprouvé. Parce qu’on est dans une stratégie qui n’opère pas au bon niveau. Il y a un inconfort intérieur qui se manifeste pour qu’on en aille en prendre soin, et au lieu de ça, en général, on va anesthésier. C’est l’écoute, la considération et le soin auprès de toutes ces zones de vie en soi qui permet de rétablir un fondement stable, sur le plan psychologique. Sur le plan physique, le corps peut avoir besoin d’un accompagnement complémentaire, surtout dans le cas d’addiction à certaines substances, parce qu’il s’est crée un équilibre.

Le vide intérieur, ça peut aller de la petite déprime à la dépression. Parce qu’à force de compenser, avec des actions extérieures, au lieu d’être nourri de l’intérieur, à terme on s’épuise, on se vide d’énergie, on perd le sens. Qu’est-ce qui fait qu’on a ces vides intérieurs ?

4. L'origine du sentiment de vide intérieur

Pourquoi avons-nous des vides intérieurs ? De la même manière que le corps, il est composé de plein d’éléments distribués dans l’espace, notre psyché, elle est composé de chacun de ceux qu’on a été, dans le temps. Et ce qui assure la cohésion de l’ensemble, l’harmonie dans la psyché, d’instant en instant, c’est la considération, l’amour, l’attention, le respect, la bienveillance. C’est la glue. L’amour de soi, ça se déploie au fur et à mesure qu’on se sent exister dans le regard d’autrui, sans avoir besoin de jouer du paraitre pour avoir grâce à ses yeux. Ca démarre dès lors qu’on arrive au monde.

Recevoir de l’amour, c’est sentir que l’autre éprouve du bonheur simplement en voyant que l’on existe. Ca fait un huit. Il ou elle me voit, il ou elle éprouve du bonheur à me voir, je le vois éprouver ce bonheur à me voir, et ceci me nourrit, m’élève. Je prends conscience du bonheur de ma propre existence et réciproquement celle de l’autre. Ca élève des deux cotés. Mais quand on a manqué déjà de ce regard là, vraiment en dehors des actions qu’on mène, on ne se sent pas vraiment exister. On se voit à travers ce qu’on fait et les remarques qu’on reçoit peut-être. Tout ce qui avait besoin de se déployer en soi a pas trouvé le terrain favorable pour émerger. Le principe de la reconnaissance : c’est comme si, en étant vu, on devenait capable de se voir vraiment. Ici se trouve déjà des origines du manque. Et il y a un second aspect.

D’un coté, ce qu’on a pas reçu en terme d’amour, de bienveillance, de considération, fait qu’on a pas eu l’occasion d’apprécier la beauté de notre propre présence au monde. Et le fait de ne pas se voir soi à travers ce regard de l’amour, mais de se voir uniquement à travers par exemple ce qu’on fait, ou la place sociale qu’on occupe (être admiré, être méprisé, être redouté, tout est à prendre tant qu’on être vu), ça créer du manque. Un manque existentiel. Qu’on compense par nos actions. Des tentatives d’être vu, mais à travers ce qu’on fait, encore une fois une compensation qui opère pas au bon niveau. Mais les vides intérieures, qui peuvent provenir de ce qu’on a pas vécu (dont le manque fait mal), peut aussi provenir de ce qu’on a vécu de douloureux. C’est la différence entre les traumas positifs et les traumas négatifs. Dans le cas de blessures émotionnelles et trauma, ce qui est trop chargé émotionnellement en soi, on s’en sépare. Les parts de soi qui ont été choquées, elles sont mises à l’écart par instinct de protection, et là aussi ça génère du vide, vide qui va être remplacé par une compensation. La compensation c’est ce qui détourne notre attention pour ne pas ressentir ce vide en soi. Qu’il vienne de blessures (violence reçue) ou de manques (absence de violence, mais manque d’amour, de considération).

thérapeute certifiée

rachel pedraza

Psychopraticienne en thérapie brève (maïeusthésie), accompagne à Toulouse et en ligne. Émotions, anxiété, stress, dépendances, troubles du comportements et dépression.

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